Le Mystère de la jambe nue



Couverture du livret : Création de Renaud STERCHI, photographe à Neuchâtel (Suisse)  et graphisme de Master Lab Systems, Nantes (France), Suzy Gouault.


Pour tous les textes figurant ci-dessous, déposés à la SUISA :

© Editions Marc Yvain, Lausanne, 2015.

Sauf pour "Madame à moi"

© Editions de La Rampe, Lausanne, 2013.

Le CD peut être commandé chez Fontastix.ch ou chez CeDe.ch qui en sont les distributeurs.

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Le Vatican

On est arrivé
Avec un tas d'autres potes
Rien qu'des types sérieux
Qui marchent pas à côté de leurs bottes!
Y'avait des années
Qu'on s'était plus rencontré
Pour qu'on s'réunisse
Il a fallu un macchabée...

        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais touché l'tiercé,
        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais su m'avancer!
        Même quand on est pas nombreux,
        J'suis jamais le plus chanceux
        Y faudra m'y habituer...

Tout le monde s'est assis
On se faisait un peu la gueule,
Le plus réjoui
Il était dans son linceul...
On s'demandait qui
Payerait la première tournée
Pour être un peu gris,
Afin de pouvoir discuter!

        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais su refuser,
        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais su m' défiler!
        J'les ai rincés, ces infâmes
        Et j'ai appris, Messieurs Dames,
        Qu'ils planquaient du hasch sous leur soutane!
./...
./...
Quelques heures après
On était tous un peu bourré,
C'était idéal pour s'pencher sur la société!
Fallait qu'un des nôtres
Se fasse empapaouter
Hitoire de faire l'guignol
Sur un balcon les jours fériés!

        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais aimé jouer,
        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais su m'exprimer
        Déjà quand j'étais gamin
        J'me déguisais qu'en indien,
        En plus, je parle pas latin!

Quand les journalistes
Ont demandé dans l'parlophone
Qui était désigné,
On était complètement stone
Un des p'tits copains
Qui s'voyait encore les raquettes,
Leur a donné le nom
Du nouveau petit prophète...

        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais touché l'tiercé,
        J'ai jamais, j'ai jamais
        J'ai jamais su m'avancer!
        J'ai même pas pu prendre mon pied,
        J's'rai jamais Yvain 1er,
        Il faudra m'y habituer!


       
Que c'est bon sur la plage

R : Que c'est bon sur la plage de dormir dos contre dos
      Quand ton âme fait naufrage, les bateaux
      Que le soir ramène au bord de l'eau...

Les bateaux n'ont pas besoin de toi pour vivre
Mais ton coeur d'une douceur s'enivre
A la pensée des bateaux
Ton coeur a lui besoin d'eux pour se bercer
A côté de toi, une fille bronzée
Et tout ça au bord de l'eau

R : Quie c'est bon...

C'est à ce moment-là que le soleil couvre les bateaux
C'est à ce moment-là que des merveilles
Font de ton corps un bateau!

R  : Que c'est bon...

Et le sable sous ton poids brûle ta peau
La sueur se confond avec l'eau
A la dureté de l'été
Une envie terrible de te fondre à la vie
Te fait prendre par la main cette fille
Etendue à tes côtés

R : Que c'est bon...

C'est à ce moment-là que tu la prends nue dans tes bras
C'est à ce moment-là que l'on s'étend
Maintenant l'amour n'attend pas!

R : Que c'est bon...

Voilà que, sur la plage, plus de bas, plus de haut
Que c'est bon de faire naufrage, que c'est beau
Et l'amour, les vagues, les bateaux...


MADAME DECKERS



Salut à toi, Madame Deckers
Toi qui chantait si joliment
Que le bon Dieu a mis sur terre
Pour faire le pied d'nez aux méchants

Si la victoire de "Dominique"
Se termine tragiquement
Belgique, alcool, barbituriques
Sont les mamelles du firmament !

Ton navire se perdant en mer
Tu avais alors pris le voile
Fais voeux de pauvreté, misère...
Le droit d'auteur episcopal

Salut à toi Ma'm'z'elle Jeanine
Qui composas quelques accords
Une petite chanson "super clean"
"Love me tender" en tremble encore !

Un jour t'as chanté la pilule
Pour tes p'tites soeurs en liberté
Tu as pu quitter ta cellule
Retrouver ta laïcité...

L'église t'a mise à la rue
Pour insulte à notre sauveur
T'a donné son coup de pied au culte
Mais conservé tes droits d'auteur !
./...

./...
Plus tard, l'injustice débile
Celle des hommes, "toujours du fric",
Revenue à la vie civile
Passe à la caisse, "Dominique"...

Faire la quête au Vatican,
Réclamer ce qu'il te devait
Fait vieillir prématurément,
Ne rapporte aucun intérêt...

Ne te restait vraiment plus rien
(pas plus à toi qu'à ton amie)
Celle qui fit que vos voisins
Se détournèrent de vos vies !

On vous aura laissé crever
Un premier avril, face à farce
L'ère du poisson est dépassée
Celle des larmes est bien en place

Vous deux, mes soeurs, si m'entendez,
Acceptez d'un mauvais larron
Une grande place dans son coeur
Dans sa main le clou des chansons

J'espère que chez votre patron
Y'a plus de place pour le fisc
Pas plus que pour l'qu'en dira-t-on,
Que pour l'église et pour les disques ... !

Salut à toi, Madame Deckers
Tu sais avec ton p'tit cantique
Même si tu as quitté la terre...
Le pape et l'église, tu les niques, niques, niques...


FABLES

La jolie bergère, hier
Si simple et si légère
Au joli temps passé
Est beaucoup moins légère
Est dev'nue cantinière
Dans une usine, et
Elle ne sait plus dan...
Elle ne sait plus dan...
Elle ne sait plus danser !

Blanche-Neige, évidemment,
N'a plus son prince charmant
Elle l'a laissé tomber !
Elle n'est plus comme avant,
Elle a des tas d'amants
Dans son trop grand lit, et
Elle ne sait plus rê...
Elle ne sait plus rê...
Elle ne sait plus rêver !

La cigale de la fable
Est dev'nue responsable
De trois mille ouvriers
C'est une personne affable,
Exigeante et aimable,
Elle est très riche, mais
Elle ne sait plus chan...
Elle ne sait plus chan...
Elle ne sait plus chanter !

J'ai vu des militaires
Pas morts au champ de guerre,
Les mains jointes, prier !
Aux sons d'un vieux bréviaire
D'un pieux fonctionnaire
Qu'on appelle curé,
Qui n'savaient plus ti...
Qui n'savaient plus ti...
Qui n'savaient plus tirer !
C'était momenta...

./...


./...


C'était momenta...
C'était momentané !

Je connais vendredi
Qui avait un vrai ami
Qu'il ne pouvait quitter...
Sur une île jolie
Il a passé sa vie,
Sans jamais s'ennuyer,
Il ne savait pas
Il ne savait pas
Que le temps passait ...

Moi qui suis un peu con,
J'n'ai plus toute ma raison,
J'passe ma vie à chercher
Du rêve dans mes chansons,
Un peu d'air pur et bon...
Je n'sais plus que penser,
J'crois qu'vaut mieux s'arrê...
J'crois qu'vaut mieux s'arrê...


J'crois qu'vaut mieux s'arrêter !



















HORREUR

Descendu chez toi par hasard
J't'ai trouvé à poil dans ton plumard
Horreur... Horreur !
J'allais te donner tort
Mais t'étais déjà mort
J'ai r'gardé mon beffroi
Mais t'étais déjà froid
Horreur ! Horreur !

Descendu chez toi par hasard
J'voulais te proposer à deux guitares
De faire un boeuf, un vrai de vrai
A deux jouer du blues
Ca n'a rien d'une partouze
Juste un peu de tendresse
Mais t'avais rendu tes fesses
Au bon Dieu, c'est honteux !

                    Si entre voisins on peut plus s'entraider
                    Entre copains on peut plus chahuter
                    Je finirai par aller vivre en hermite
                    Et d'un seul coup je m'f'rai couper les ch'veux...

Remonté chez moi, l'oeil hagard
J'me suis préparé un petit pétard
Songeur... Songeur...
C'est vrai, t'étais distrait
Alors ça c'est l'bouquet
T'as confondu andropause
Avec une overdose
Mon vieux ! C'est pas douteux...

Endormi par la force des choses
Je suis au secret dans mon alcôve
Et plus jamais, n'en sortirai
J'comptais sur c'lui du d'ssous
Mais il est de cujus

J'irais voir c'lui du d'ssus
Mais j'habite sous les toits
Tu vois c't'affaire, je déespère...

                    Si entre voisin on peut plus s'entraider
                    Entre copains on peut plus chahuter
                    Je finirai par croire qu'il y a un noeud
                    Moi qui ai tendance à venir presbyte...

Descendu chez toi par hasard ... par hasard ?
Horreur, horreur... !


Le Héros

Je n'suis pas un héros, d'ailleurs ça se verrait
Quand on est un héros, on en a tous les traits
On fait beaucoup de sport depuis son plus jeune âge,
On domine son corps pour en faire davantage !

Je n'suis pas un héros, je n'en ai pas les yeux,
Le bon regard costaud qui n'a pas froid aux yeux
Qui est dans la bagarre, même les jours d'orage
Qui n'est pas en ratard quand arrive l'abordage

Je n'suis pas un héros, j'ignore les secrets
Qui font d'un gros lourdaud un vieux con décoré
Bien sûr, c'est une façon de sortir du troupeau,
D'être viril, au fond, de pas rester zéro !

Si je deviens héros, ce sera par hasard
En écrasant en auto un assassin fuyard
En écopant la balle qu'on n'me destinait pas
Sauvant un général qui défilait par là ...

Mais j'suis pas un héros, j'n'en ai pas l'envergure
Quand y a le gaz dans l'eau, j'm'envole dans la nature
C'est pas vraiment la peur qui m'interdit l'combat
Mais, avant que je meurs, j'aimerais vivre pour moi !

Allez ! Héros de la guerre, donnez-vous donc la main,
Ca donn'ra aux cim'tières un petit air mutin
Je veux bien en passant vous jeter quelques fleurs,
Mais mon air bien vivant vous soulèv'ra le coeur ...

Je n'suis pas un héros, d'ailleurs ça se verrait
Quand on est un héros, on en a tous les traits !



AU PARADIS D'AMOUR

Jamais je n'oublierai
L'instant de joie sauvage
Où tes lèvres et ma bouche
Se sont enfin touchées
L'instant où l'on devrait
Pouvoir crier "pouce" !
Alors qu'on a envie
De pouvoir continuer...

De marier sans fin
Cet étrange mélange
D'amour et d'abandon
De début et de fin
On ferait mieux d'abord
De questionner l'ange
Pour savoir quand
Viendra, peut-être, la fin !

      Jamais, je n'oublierai
      Ce besoin de tendresse
      Qui a posé ma main
      Sur le plein de tes fesses
      Jamais je n'oublierai
      Que pour être enfin deux
      Fallait violer la lune
      Et tuer le bon Dieu !

Jamais je n'oublierai
Le moindre volte-face
Qui a failli détruire
Ce qui se détruisit
Comme le clown
Apprend à faire sa grimace
Moi je t'ai dit : "Je t'aime"
Comme on dit : "C'est fini" !
./...
./...
Jamais je n'oublierai
Toutes les métamorphoses
Qui minent les poètes
Entre la rime et la prose
Entre la lime et la rose,
Je n'ai pas choisi
Jamais je n'oublierai
Toutes les mélodies...

      Qui nous ont fait amants
      Amantes ou amoureuses
      Je trouverais alors
      La société douteuse
      De pas laisser s'aimer
      Tous les fous de tendresse
      Ca ferait toujours moins
      De paras de mes fesses !

Et quitte à s'aimer
Qu'on s'aime simplement
Et quitte à s'aimer
Qu'on s'aime n'importe comment !
Qu'on grave des prénoms
Dans la boue, dans la cire
Mais qu'on s'aime autrement
Qu'à Dachau, qu'à Saint-Cyr !

Qu'on oublie "naguère",
Comme l'a dit Caussimon,
Qu'on oublie les guerres
Et sache aimer vraiment
Aimer à chaudes-larmes
Ou bien à chaude-pisse
Au paradis d'amour,

Il n'y a plus de police !




En prime, une photo de votre humble serviteur de ses deux musiciens uniques et préférés :

A gauche, Renaud STERCHI et à droite Mario BONNY